Chapitre 3 : aparté frontalier

17 novembre 2016

La-frontiere-Bolivie-Brésil-du-coté-BolivienImaginez un homme qui court au ralenti. Son visage est une ode à la terreur pure : yeux exorbités, bouche déformée par les hurlements, cheveux plaqués sur un front imbibé de sueur, tempes palpitantes, gorge sèche comme un Salar. Sur ses frêles épaules, un sac à dos virevolte sans aucune grâce, sa peau est rouge cramée, les poils de sa barbe trempés de bave. L’homme court, concentré sur son objectif, à savoir cette bicoque de tôle tenue par trois hommes bedonnants, engoncés dans leurs uniformes vert kaki. Rien d’autre ne compte. Plus que quelques dizaines de mètres et il sera sauvé. Les militaires tournent la tête vers lui, alertés par le flip-flap de ses claquettes qui flippent et flappent si vite et si fort qu’ils ont cru un instant qu’on ouvrait le feu sur eux. Mais non, il n’y a rien d’autre que ce pauvre type qui cavale comme un dératé, un petit carnet vermeil dans sa main droite. Les militaires plissent les yeux. On dirait qu’il y a quelque chose derrière. Un monstrueux nuage de poussière qui soulève le sable comme un cyclone et se dirige droit vers eux à la vitesse d’une tornade. Les hommes saisissent leurs armes. Le fugitif qui court vers eux leur crie quelque chose dans un espagnol teinté de portugais, quelque chose du genre, en gros, pour faire simple :

TUEZ-LES TOUS !

Ce « tous » en question, les militaires le découvrent enfin, sortant du cumulus de poussière. Il y a là cinquante ou soixante mille personnes qui avancent en rythme, se tenant par les épaules et remuant de la croupe comme un seul homme au son du sound-system de huit millions de kilowatts installé sur trois camionnettes en queue de cortège. Sept chars chevauchés par des danseuses vêtues de quelques plumes stratégiquement disposées ici et là ouvrent la voie, trois camions de pompiers encadrent la foule, non pas pour intervenir en cas d’incident, mais pour asperger de cachaça les danseurs avec leur lance à incendie. Des centaines de femmes – plus ou moins jeunes et plus ou moins femmes – brandissent des tests de grossesse et psalmodient des incantations qui se perdent dans le tumulte. Le sol tremble, les hurlements frénétiques de joie se rapprochent.

Le fugitif continue de courir, toujours au ralenti. Il gémit comme un enfant traumatisé en entendant le rythme des pas de la foule de sauvages dans son dos. Il n’est plus qu’à une cinquantaine de mètres de la bicoque mais ses yeux sont rivés sur une autre chose : un grand panneau vert ciel, vert paradis, avec ces trois mots qui signifient la fin d’un cauchemar de plus de deux mois, une traversée d’un marécage de joie de vivre à rendre dépressif un clown. A quelques mètres du fameux panneau, l’homme sent le souffle de la samba lui brûler la nuque. De fait, la farandole, en quelques bonds habiles, a rattrapé son retard. A bout de forces, notre homme puise dans les derniers sédiments de haine qui gisent encore au fond de lui pour propulser ses jambes vers l’avant. Il s’élève dans les airs, à l’horizontale, son passeport au bout de son bras tendu. Alors qu’il est en l’air, un lasso-string s’enroule autour de son front mais la sueur de l’homme est tellement acide que le mince morceau de tissu se désintègre entre ses sourcils. Les militaires ont posé le doigt sur la gâchette. L’homme au sac-à-dos, après un vol de plusieurs minutes, finit par atterrir, la tête dans la poussière, le bras toujours tendu. Au-dessus de lui, sur le panneau, trois mots annoncent qu’il est le « Bienvenu en Bolivie ». Les militaires s’approchent, observent un instant la position de l’homme, puis appellent un juge de ligne. Arrêtée à quelques mètres d’eux, la farandole retient son souffle. On a coupé la musique, c’est vous dire si l’instant est important. Soixante-dix mille paires d’yeux regardent le juge de ligne prendre des mesures autour du corps désormais inanimé du gringo, puis visionner le ralenti de l’arrivée sur un petit écran portatif. Soixante-dix mille paires d’oreilles attendent le verdict, fébriles. Puis l’homme en noir lève lentement le bras, hoche la tête et fait signe aux militaires d’embarquer la dépouille du touriste. De la foule s’élève un soupir collectif qui fait pencher les cactus et aplanir les collines. Les corps ne se trémoussent plus, ils s’affaissent, amorphes. Des larmes s’écrasent sur le sable brûlant dans un pshhhhh de poêle à frire. Un bébé hurle à la mort. Puis, lentement, très lentement, comme si le fait que toute cette scène soit tournée au ralenti ne suffisait pas à imprimer sur la pellicule la lourdeur de cette rotation à 180°, lentement donc, la foule se met en branle d’un pas traînant. Au bout de quelques minutes, alors que la bicoque et le panneau ne sont plus que des points flous dans l’air vicié du désert, quelqu’un, au milieu du groupe, regarde le verre en plastique qu’il tient à la main et gémit d’une voix non pas désespérée, non pas bouleversée, non pas incommensurablement triste, mais tout simplement INCREDULE :

-          Il n’a même pas fini sa caïpi…

 

 

Chapitre 2 : chanter, rire et danser la farandole

17 octobre 2016

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Mes chers lecteurs, tout d’abord, veuillez m’excuser pour cette absence prolongée mais vous allez vite le comprendre, je viens de traverser un mois long comme un siècle, cinq semaines en enfer pendant lesquels j’ai consacré mon temps à chercher de l’air, tel un maquereau sur le pont d’un chalutier, persuadé qu’avec un peu de bonne volonté et une sacrée dose de force mentale je parviendrai à regagner mon habitat naturel en quelques bonds habiles. Cela n’a pas été le cas. Pourtant, je m’en doutais. Ne vous avais-je pas confier, dans mon premier rapport de mission, qu’il était clair que je devais rester sur mes gardes avec ce peuple brésilien ? Eh bien, force est de constater qu’une fois de plus, votre seigneur avait raison. Ces gens sont des fous, des malades. Lire la suite de l’article »

Chapitre 1 : Bahia, slip de bain et Jésus

19 septembre 2016

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Ah l’arrivée dans un pays lointain et inconnu… Cet instant où l’on sort de l’aéroport, premières bouffées d’air chaud et humide, bouquet sensoriel, odeurs, bruits, langues, klaxons, couleurs. Comme un boxeur qui monte enfin sur le ring après des mois d’entraînement à taper contre des sacs, gonflé à bloc, prêt à en découdre. Voilà on y est. Premiers échanges en portugnol, premiers reals qui sortent de la poche, première traversée d’une ville tentaculaire qui, de nuit, ressemble à tant d’autres : masse monstrueuse, dédale de bretelles, jonctions, tunnels, paysage de panneaux publicitaires, motos, taxis, camions, bus, air marin masqué par les pots d’échappement. Bombay, Bogota, Salvador de Bahia, même combat. Bon, il faut savoir qu’en temps normal, à l’étranger, je ne prends jamais de taxi. Un vrai routard n’utilise que des bus, locaux et surpeuplés de préférence. Mais là, ne l’oublions pas, je suis en mission, pas de temps à perdre.

Il est 21 heures lorsque j’arrive dans ma « posada ». Comme prévu, c’est pas cher et minable, le gérant ressemble à Thiago Sylvie, il fait sombre, j’aperçois une poignée de voyageurs affalés sur des sofas en train de siffler de la bière : Hostal, guesthouse, posada, même combat. En Europe, les étrangers sont parqués dans des centres de rétention, au Brésil on les trouve dans des « posada ». C’est plus confortable, mais le principe est le même : on y vit entre étrangers, à l’abri et on n’en sort que très rarement. Bon, en temps normal, il faut savoir que je ne dors que dans des bidonvilles, au « contact ». Mais là, ne l’oublions pas, je suis en mission. Et si je dois éduquer tous ces jeunes pleutres qui salopent le tiers-monde en laissant traînant leurs dreadlocks crasseuses un peu partout, il me faut malheureusement aller à leur rencontre, dans leurs repères, là où les filles sont toutes blondes et les gars tatoués façon tribale, là où l’on se repose après avoir « fait » le monde et qu’on peut désormais se contenter de le refaire autour d’un spliff et d’une bière à 5%. Bref, j’arrive, tout le monde se retourne, on me salue avec un « Hola », on admire sans doute mon style, ma dégaine et la taille minimaliste de mon sac à dos. Et ouais les mecs, Jean Routard est dans la place, leatherman à la ceinture et le premier qui moufte je le décapsule. Solidarité, partage, respect des cultures, voilà les maîtres-mots, mes jeunes padawan. Ne les oubliez pas. Ils guideront vos pas lorsque vous serez en âge de suivre les miens… Les filles sont laides et les conversations insipides, j’écluse une bière et vais me coucher en annonçant la couleur : le premier rasta qui ronfle je le déboutonne de haut en bas et je l’étrangle avec ses dread.

Jour 1, Salvador de Bahia. Vous vous posez sans doute la question, puceaux de l’aventure que vous êtes : comment ça se passe, la première journée d’un routard dans une contrée exotique dont il ne connait un peu près rien ? Eh bien, c’est très simple, jeunes ignares : le premier jour, Jean Routard observe, tapis dans l’ombre, à plat-ventre dans les hautes herbes de la brousse. Le touriste, bien au contraire, déboule bille en tête, chaussures de trekking aux pieds et guide à la main, s’enquille une à une toutes les églises du centre historique, déjeune « typique » pour trois fois le prix normal, enchaîne avec huit musées et deux galeries d’art, le tout en comptant en euros et en s’émerveillant devant la moindre façade décrépite qui passe sous ses yeux. Le soir venu, il affiche un beau coup de soleil sur le front et des ampoules sur le pouce à force de prendre des photos : Salvador c’est dans la boîte, 54 gigas de clichés dans l’appareil et 2000 reals en moins dans le portefeuille, ça s’est fait. Voilà le tableau. Le routard, lui, c’est toute autre chose, il prend son temps. Il sort de sa posada le nez au vent, il hume l’air, cherche une gargote pour boire un café, s’installe sur une chaise en plastique, de préférence près d’un tas d’ordures et en compagnie de quelques mendiants. Là, il observe. Un coup d’œil vers le soleil et il sait déjà vers où se diriger. Les églises baroques, il les regarde de loin. Ce qui l’intéresse, on l’a dit, c’est l’humain. En l’occurrence, le Brésilien. Et là, dès les premières minutes, il comprend que quelque chose ne va pas. Jean Routard est bien trop lesté, niveau tissu. Car partout autour de lui, les indigènes défilent dans le plus simple appareil, ou presque. Il semblerait qu’ici, le port du tee-shirt soit facultatif. De même que les chaussettes, chaussures, pantalon, voire short. Comme elle semble loin, soudainement, notre fantasmagorique polémique sur le burkini… Ainsi confronté au fait établi, je décide de prendre toutes les mesures nécessaires pour me fondre dans la masse. « A Rome, comporte-toi comme un Romain » : n’oubliez pas ce précepte, c’est la base de tout, la différence fondamentale entre les touristes et vous. Vous êtes un caméléon, une éponge, un agent double. Contrairement aux touristes, qui resteront des touristes où qu’ils iront, le $ du dollar tatoué en évidence sur le front, le routard se doit, s’il veut mener à bien sa mission, de coaguler totalement avec l’environnement naturel. Au mieux, si la couleur de sa peau le permet, il passera pour un local. Au pire, pour un ancien, un vieux de la vieille, un poète aux semelles de vent à qui on ne la fait pas. Me voici donc, après un rapide aller-retour à l’hôtel, descendant vers le poumon de la ville dans un bus local surpeuplé et bringuebalant, vêtu d’un slip mauve et d’une paire de claquettes, un peu trop blanc, poilu et maigre pour passer pour un local, mais avec suffisamment d’assurance dans le port du menton pour gagner le respect des autochtones.

Quelques heures plus tard – les bus locaux surchargés sont certes lents, mais le routard aime prendre son temps – me voici assis à la table d’un boui-boui crasseux, calepin à la main, en train de prendre discrètement des notes. Jusqu’ici, aucune surprise. Les Brésiliens sont de véritables cartes postales ambulantes. Spectacle pathétique. Comme si chaque parisien était attifé comme le mime Marceau, jouait de l’accordéon et sortait des calendos de sa poche à tout moment pour grignoter un morceau. Sur mon chemin, j’ai croisé une samba, cliché. Puis des mecs qui faisait de la Capoeira, re-cliché. Me voici près de la plage, où toutes les femmes, qu’elles soient minces, grosses, vieilles ou jeunes, sont en string, re-re-cliché. Et où tous les hommes sont soit torse-nu – parfaitement imberbe – soit vêtus d’un maillot de Neymar, re-re-re cliché. Quant à la nourriture que je commande, pour mon premier déjeuner – inutile de préciser que j’ai dégoté une bonne gargote de derrière les fagots, odeur de graillon et chiottes à la turque, et que j’ai commandé le plat du jour, un vrai routard se devant de ne jamais regarder la carte, sous peine d’être démasqué – vous trouverez ci-joint la photo de ce qui accompagne les trois blancs de poulet que l’on me sert. Bienvenu en Amérique du Sud, le continent féculant. Ça nourrit son homme, y’a pas à dire.

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Une fois la phase d’observation ingurgité et ce plat du jour digéré, voici venu l’heure du premier contact frontal avec un indigène. L’ami que je dégote est tout comme moi vêtu d’un slip, il a les cheveux blonds décolorés, une coupe de footballeur et dans les 25 ans. Comme la plupart des autochtones bahianais, il est noir comme l’ébène, mais malgré tout, s’avère relativement inoffensif. Son nom étant imprononçable, je décide de l’appeler « Pépito », c’est plus simple et ça lui va bien, en plus. Et inutile de préciser que comme tout bon routard qui se respecte, j’ai reçu des Dieux un don naturel pour les langues, ainsi, nous nous mettons, Pépito et moi, à deviser de tout et de rien pendant près d’une heure. Conversation triviale où nous évoquons la crise laitière en France, la recette du Tsatziki, la maladresse d’Edinson Cavani, les problèmes capillaires de Donald Trump, le Big Bang, la tectonique des plaques, la sexualité des castors lapons hermaphrodites et autres sujets d’un banal à pleurer. Très vite, je m’aperçois que Pépito semble souffrir de cette maladie que j’ai pu diagnostiquer chez tant d’habitants du tiers-monde lors de mes précédentes missions, maladie incurable, urticante, inquiétante et particulièrement insupportable : Pépito sourit, Pépito aime la vie, Pépito souffre d’optimisme. J’ai beau évoqué la branlée que la Sélecao s’est mangée au dernier mondial, Pépito rit aux éclats. Je lui parle de la dette brésilienne qui représente aujourd’hui 75 % du PIB, soit 310 milliards de dollars, Pépito se marre. Je tente le tout pour le tout et mentionne le fait que Nicolas Sarkozy remonte dangereusement dans les sondages et qu’en 2017 une photo de famille Poutine, Trump, Erdogan, Sarko est plus que probable, cet imbécile heureux balaie tout cela dans un revers de la main et me montre le soleil qui brille, les femmes à moitié nues et l’océan Atlantique d’un bleu parfait… Foutus pauvres. Normal qu’ils soient heureux, ce n’est pas à eux de porter à bout de bras l’économie mondiale. Le sale boulot, c’est pour nous. Pépito et ses chicots ronaldiniesque me fatigue. Je l’abandonne pour rentrer à pieds jusqu’à mon Hostal, trois heures de marche sous le cagnard en se dirigeant avec le soleil. Facile. L’après-midi touche à sa fin et j’ai déjà emmagasiné suffisamment d’informations pour être totalement à l’aise dans ce pays qui ne m’est plus inconnu. Je connais les données essentielles : prix d’un paquet de clopes (3 euros), d’une bière (1 euros) et d’un plat du jour (2,50 euros). Je sais également à quoi m’en tenir avec les Brésiliens – des sourires, toujours des sourires, encore plus de sourires – et réalise que la mission sera sans doute plus périlleuse que prévu. Il faudra être solide et se connecter régulièrement au Figaro.fr pour garder les pieds sur terre et ne pas me laisser contaminer par cette abominable joie de vivre. Le soir venu, je dîne frugalement d’une dizaine de caïpirinha et discute un moment avec un Israélien et un Allemand, leur faisant remarquer, à juste titre, que c’est beau de les voir s’amuser ensemble, l’air de rien, alors que le grand-père de l’un a certainement fait des savons avec la famille de l’autre. Solidarité, partage, respect des cultures.

Jour 2. J’achète un billet de bus et prend la route pour la Chapada Diamantina, un parc naturel de 150 000 hectares situé à 400 km de Salvadore. Jungle, cascades, montagnes, piscines naturelles, air frais et panoramas à couper le souffle au programme : autant dire que tout cela n’a rien de bien réjouissant. Mais bon, après avoir étudié le Brésilien des villes, je me dois d’aller à la rencontre du Brésilien des champs. Je redoute le pire quant à leur niveau d’éducation et leur hygiène buccale, mais un routard ne recule devant rien, là où le touriste, lui, avance à reculons. Ma première nuit dans un bus brésilien se passe relativement bien : il y règne une température frigorifique, ça sent les pieds et la sueur froide, classique. Sauf qu’à mon réveil, sur les coups de cinq heures du matin, il se passe quelque chose. Une apparition. Un nouveau personnage fait son arrivée dans ces pages et j’espère qu’il en sortira vite. Mon poignet me gratte. Je me gratte. Je sens quelque chose de bizarre. Je prends mon téléphone, allume. Et là, sur la face antérieure de mon poignet droit : un truc énorme. Une grosseur de la taille d’une putain de balle de ping-pong. Jean Routard a beau avoir de la bouteille, il ne trouve jamais très agréable de découvrir une étrange protubérance sous sa peau, surtout dans un pays exotique où les insectes sont autant porteurs de maladies qu’un enfant soudanais. J’observe plus attentivement la balle de ping-pong et repère un petit point rouge. Diagnostic probable : piqûre d’araignée mutante. Risques ? Aucune idée. A l’arrivée dans ma nouvelle posada, deux heures plus tard, la balle de ping-pong est toujours là. J’hésite un instant à sortir mon couteau, stériliser le tout à la Cachaça et opérer à poignet ouvert, mais je renonce finalement, estimant qu’une intervention serait sans doute un tout petit peu précoce. Il va falloir patienter, voir comment évoluer la chose. En attendant, puisqu’il en a la taille et l’apparence, qu’il est apparu soudainement tel un miracle maudit, tel le messie des protubérances et qu’il se peut qu’il reste un moment avec moi à m’accompagner sur la route, je décide de baptiser cet énorme truc Jésus.
Jésus Kyste.

Le soleil se lève sur mon troisième jour au Brésil et je ne suis désormais plus seul. Jésus accompagne chacun de mes pas.

Jésus Kyste, quelques heures après son apparition divine

Jésus Kyste, quelques heures après son apparition divine

Ceci n’est pas un blog de voyage : avant-propos

15 septembre 2016

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Chers congénères dégénérés, rassurez-vous, la Liste Noire ne s’est pas transformée en vulgaire blog de voyage, ces récits pitoyables et égocentriques de jeunes « baroudeurs » acnéiques, aussi passionnants qu’une notice d’installation d’une étagère Ikéa, ou comment j’ai visité trois églises baroques du 16ème siècle aujourd’hui, mangé une banane et refait le monde avec un couple d’Allemands rencontré « sur la route »… Non, non, non, soyez sans crainte. Tout d’abord, ceci ne sera jamais un blog de « voyage », pour la simple et bonne raison que votre Seigneur n’est pas en voyage, il est en mission. Nuance. Alors certes, il se trouve actuellement sur des terres lointaines, sous des tropiques cancérigènes où le soleil tape et les corps sont peu vêtus, mais détrompez-vous, ce ne sont ni des vacances, ni un « grand voyage ». Mission, donc, je disais. Au sens noble du terme. Mission divine, mission sacerdotale, mission périlleuse. Lire la suite de l’article »

La France fragile

26 janvier 2016

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Vous l’avez sans doute remarqué, il y a comme un vide dans votre vie depuis quelques mois. La Liste Noire s’est tue, mais rassurez-vous, elle ne dormait que d’un œil. Elle était en veille. Elle vous observait. Elle vous a laissé vivre un instant, pour voir si vous aviez compris ses préceptes, pour voir si vous étiez capables d’agir enfin comme des adultes responsables, des adultes aux choix sûrs, aux convictions solides, des adultes courageux et intelligents, libres de penser, de réfléchir, de dire oui et surtout non en parfaite autonomie. Depuis quelques mois, je vous épie, tapi dans l’ombre. Je vous ai observé en novembre, lorsque vous brandissiez fièrement vos pintes à neuf euros sur les terrasses parisiennes, que vous publiiez des « lettres poignantes » sur Facebook à vos enfants pas encore nés et que vous rappeliez que « ça aurait pu être vous » à tous vos interlocuteurs, jusqu’à ce qu’ils en viennent à regretter que ce ne soit effectivement pas le cas. Vous étiez ridicules, certes, mais l’émotion peut excuser bien des choses, en tout cas sur le court terme. Et nous étions tous émus, c’est vrai. Alors, j’ai laissé filé. J’ai pris des notes, j’ai constaté, mais j’ai laissé pisser les larmes égocentriques de tous ces petits Français persuadés qu’ils étaient le peuple martyr du monde, celui sur qui, décidément, s’acharnaient les barbus et les barbares, ces êtres maléfiques qui, malgré leurs passeports, ne pouvaient pas être des nôtres, puisqu’ils n’étaient pas humains. Lire la suite de l’article »

Un monde bondé de monde

17 avril 2015

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Les beaux jours sont là et avec eux les délicieux moments passés à renifler les aisselles de son voisin de pole dance dans les rames du métro parisien. En hiver, la foule tient chaud, on s’y sent bien, protégé, blotti contre les doudounes, mais dès les premières chaleurs, le cauchemar de la surpopulation vous prend aux narines et vous décolle la rétine dans toute son abjection objective. Oubliez les guerres ici ou ailleurs, les terroristes, les islamistes, la déforestation, le réchauffement climatique ou la disparition actée des terrasses fumeurs, sur le podium des fléaux qui menacent notre existence et la survie de notre civilisation, tout se résume en un seul chiffre : 7 milliards. Voilà où nous en sommes : 7 milliards de macaques agrippés à l’unique branche d’un vieil arbre rongé par les termites et pliant sous son propre poids. L’humanité est sous assistance respiratoire et réclame depuis belle lurette qu’on la finisse à coup de tatanes et pourtant nous persistons à chercher, par tous les moyens, à prolonger son agonie. Lire la suite de l’article »

La vérité derrière les attentats de Paris

10 février 2015

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La soirée déguisée n’aura pas duré bien longtemps… Ça y est, tout le monde a remisé son costume au placard et la vie a repris son cours. On est plus Charlie, on est tous redevenus des gros cons et franchement ça fait du bien, non ? On allait pas écrire des Listes Roses toutes les semaines non plus… C’était beau, mais bon ça commençait à devenir chiant et pas très hygiéniques tous ces câlins. Et puis les marches pour la liberté d’expression bras-dessus bras-dessous avec des dictateurs et les cérémonies de recueillement à se geler les couilles ça va un temps, il faut bien le dire. Donc ça y est, mis à part François Hollande qui s’envole dans les sondages telle une assiette de ball-trap, le monde a repris sa marche normal : le cours du kebab est en chute libre et on invite Samy Nacéri sur les plateaux de télé pour défendre l’Islam des lumières. Chacun à sa place bien assis sur la tronche du voisin, l’année 2015 peut enfin commencer sur des bases sereines. Lire la suite de l’article »

Le Message

15 janvier 2015

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Cela fait plusieurs jours que je réfléchis à ce que je pourrais écrire à propos des événements qui ont récemment eu lieu à Paris. Forcément, mes chers congénères dégénérés, vous êtes à l’heure qu’il est sans doute déboussolés et vous attendez un message fort de votre prophète pour savoir que faire, que penser, que dire et qui blâmer. Et ce n’est pas l’envie qui manque de vous en parler, mais la question se pose : écrire quoi et pourquoi ? Pour rendre hommage aux victimes ? D’autres l’ont déjà fait et sans doute bien mieux que moi, et les millions de pas qui ont foulé les villes de France le 11 janvier valent toutes les oraisons funèbres du monde. Alors écrire pour tenter de rendre les cons moins cons et les autres plus intelligents ? Difficile de toucher des analphabètes avec des mots, tout comme des aveugles avec des dessins, d’ailleurs. Non, je sais ce que je vais écrire. Pas vraiment une liste noire, ni une liste rose, mais un texte d’une couleur chaude, un truc qui réchauffe. Lire la suite de l’article »

ça se termine en isme, ça se termine mal

8 septembre 2014

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Jusqu’ici, au détour de mes pérégrinations philosophiques d’une rare acuité, j’ai digressé sur des sujets divers et variés, envoyant des messages de paix au monde ignorant et barbare pour tenter de le faire progresser d’une manière ou d’une autre. Mais il manque un chapitre d’importance pour les sages du futur qui retrouveront les manuscrits de mes pamphlets enterrés avec mon corps. Certes, dans cette civilisation nouvelle où mes préceptes seront érigés au rang constitutionnel, les gros, les handicapés et les buralistes chinois n’auront pas leur place. C’est un début, mais cela ne suffira pas à reconstruire un monde meilleur. Le risque de voir mes disciples de l’an 3000 retomber dans les travers de leurs bien peu glorieux prédécesseurs existera tant que je n’aurai pas aborder un sujet fondamental s’il n’en faut, la moelle du mal, le plus grand canular de l’Histoire, la faille par laquelle seule s’infiltre l’obscurité. Oui, vous l’aurez compris, je veux évidemment parler de l’indécrottable croyance en l’existence d’une divinité supérieure – autre que John Lennon – qui superviserait tout ce joli bordel depuis son bureau là-haut dans les nuages.ça se termine en isme, ça se termine mal trans Lire la suite de l’article »

Ça se termine en « Isme », ça se termine mal

5 septembre 2014

Jusqu’ici, au détour de mes pérégrinations philosophiques d’une rare acuité, j’ai digressé sur des sujets divers et variés, envoyant des messages de paix au monde ignorant et barbare pour tenter de le faire progresser d’une manière ou d’une autre. Mais il manque un chapitre d’importance pour les sages du futur qui retrouveront les manuscrits de mes pamphlets enterrés avec mon corps. Certes, dans cette civilisation nouvelle où mes préceptes seront érigés au rang constitutionnel, les gros, les handicapés et les buralistes chinois n’auront pas leur place. C’est un début, mais cela ne suffira pas à reconstruire un monde meilleur. Le risque de voir mes disciples de l’an 3000 retomber dans les travers de leurs bien peu glorieux prédécesseurs existera tant que je n’aurai pas aborder un sujet fondamental s’il n’en faut, la moelle du mal, le plus grand canular de l’Histoire, la faille par laquelle seule s’infiltre l’obscurité. Oui, vous l’aurez compris, je veux évidemment parler de l’indécrottable croyance en l’existence d’une divinité supérieure – autre que John Lennon – qui superviserait tout ce joli bordel depuis son bureau là-haut dans les nuages. Lire la suite de l’article »

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